Les préraphaélites - tiré de l'Histoire de l'art en images, Andrew Graham-Dixon, p 332-333

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Les préraphaélites - tiré de l'Histoire de l'art en images, Andrew Graham-Dixon, p 332-333

Message par Anaïs le Ven 27 Mai - 3:39

Les préraphaélites


Le mouvement préraphaélite naît en Angleterre au milieu du XIXème siècle en rébellion contre l’enseignement de la Royal Academy. Pour affirmer sa volonté de rupture, il jure de chercher à retrouver la simplicité et l'ingénuité des primitifs italiens, d'où l'appellation préraphaélite.

Origines et influences


La Confrérie préraphaélite (The PreRaphaelite Brotherhood) est fondée en 1848 par un groupe de sept jeunes artistes comprenant John Everett Millais, William Holman Hunt et Dante Gabriel Rossetti. Les initiales P.R.B apposées sur leurs œuvres scellent leur pacte. Leur volonté anti-académique – et leur rejet de Raphaël, alors considéré comme le plus grand des peintres – suscite de violentes attaques dans la presse. Ces protestations seront de courte durée, grâce au soutien apporté au groupe par John Ruskin, dont les deux premiers volumes de Modern Painters ont paru en 1843 et en 1846.
Ruskin conseille aux artistes « d'aller vers la nature...sans rien rejeter, rien choisir ou rien mépriser ». Les préraphaélites adoptent ce principe de tout leur coeur, comme l'atteste la minutie descriptive des fonds de paysage de leurs premières œuvres.
Les trois principaux membres du groupe ne tardent pas à suivre chacun son chemin propre. Hunt s'oriente vers la peinture religieuse, Millais rejoint l'académisme de la peinture officielle. Rossetti, demeuré fidèle au mouvement, influence Edward Burne-Jones et William Morris, qui à leur tour, diffuseront les idées préraphaélites vers une plus large audience par le biais du symbolisme (encore une double page ^^') et du mouvement Arts and Crafts.


Papier peint à motif d'acanthe, d'après un dessin de Morris, 1875. Morris pensait que ses papiers peints apportaient le charme de la forêt dans la maison


Sujets

Les préraphaélites abordent une grande variété de thèmes.
Ils partagent le goût victorien de leurs contemporains pour le médiévisme et empruntent des sujets à la légende arthurienne (<3). En dépit de cette tendance à l'évasion, ils s'intéressent à des problèmes modernes tels que l'émigration, la prostitution et la réforme religieuse.
Le groupe choisit souvent des sujets littéraires et historiques, à contenu moral, en évitant les auteurs classiques. Shakespeare, Keats et Tennyson figurent parmi leurs auteurs de prédilection, en raison de leur vogue auprès du public. Rossetti, profondément cultivé, est un grand lecteur de Dante.
Le préraphaélisme finira par devenir une sorte d'étiquette associée aux images les plus iconiques du mouvement, depuis les imitations des femmes fatales de Rossetti jusqu'aux créatures pâles et androgynes des dessins de Burne-Jones.


John Everett MILLAIS (Southampton, 1829 – Londres, 1896)

Millais fut un enfant prodige, le plus jeune élève jamais inscrit à l'école de la Royal Academy (fondée en 1768 à Londres).
Sa virtuosité technique est bien adaptée à la précision recherchée par les préraphaélites. Pour ses premières œuvres, il choisit des sujets littéraires, traités avec un naturalisme saisissant. Abandonnant peu à peu ses racines préraphaélites, il change de style pour adopter une manière sentimentale, correspondant bien au goût victorien. Il est particulièrement doué pour le portrait d'enfant, et des figures enfantines apparaissent dans ses tableaux les plus célèbres, tels L'enfance de Raleigh (1870) et Bubbles (1886).


*Ophelia ( 1851-52 – Londres, Tate)
Les préraphaélites rendent les détails avec une scrupuleuse exactitude. Dans cette scène inspirée de Hamlet, Millais décrit avec une même objectivité le corps d'Ophélie et les fleurs citées dans le texte « pâquerette, coucou, ortie ». Son modèle (Elizabeth Siddal, ndlr) dut poser des heures durant dans une baignoire, ce qui lui valut une sérieuse pneumonie.


*La Jeune Aveugle (1854-56 – Birmingham Museum and Art Gallery)
Ce tableau aborde les sujets controversés de l'enfance abandonnée, du vagabondage et du traitement des handicapés.
> « De plus près » : Les autres sens. La jeune aveugle ne peut goûter visuellement la beauté de l'arc-en-ciel mais sa manière de toucher l'herbe et la présence de l'accordéon évoquent l’acuité de ses autres sens.

Le + L'enfance de Raleigh et Bubbles



William Holman HUNT (Londres, 1827 – Londres, 1910)

Hunt est le seul artiste préraphaélite demeuré fidèle aux principes fondateurs du groupe. Issu d'un milieu modeste, il travaille comme un clerc dès l'âge de douze ans, jusqu'à son admission à la Royal Academy School.
Profondément religieux, il met en œuvre les préceptes du groupe pour conférer à ses scènes bibliques un maximum de réalisme. Il effectue d'ailleurs plusieurs voyages en Terre Sainte pour garantir leur vraisemblance. Le Bouc émissaire, par exemple, fut peint sur les rives de la Mer Morte. Son « modèle » étant mort, l'artiste peignit un second bouc, qu'il plaça sur un plateau recouvert de boue recueillie sur le site même.


*Le Bouc émissaire (1854 – Port Sunlight, Lady Lever Art Gallery)
Selon le rite expiatoire juif, le bouc émissaire est symboliquement chargé des fautes des hommes.



Dante Gabriel ROSSETTI (Londres, 1828 – Birchington-on-sea, 1882)

Charismatique, dominateur et excentrique, Rossetti est la force motrice du mouvement préraphaélite. C'est lui qui suggère l'idée d'une confrérie, lui qui expose le premier un tableau portant les initiales du groupe.
Il influence aussi la seconde vague du préraphaélisme grâce à ses contacts avec Morris et Burne-Jones.
Ses premières oeuvres évoquent un monde imaginaire, romantique et médiéval. Rossetti se concentre ensuite progressivement sur les représentations de mystérieuses beautés féminines, ces dernières reflétant d'ailleurs les complications d'une vie amoureuse déréglée.


*Proserpine (1871 – Oxford, Ashmolean Museum)
Captive du monde souterrain, Proserpine se détourne tristement de la lumière du jour qui lui rappelle sa liberté perdue.


*Le Premier Anniversaire de la mort de Béatrice (1853-54, Oxford,Ashmolean Museum)
Béatrice est pleurée par Dante (à droite), le poète italien dont Rossetti portait le prénom.

Le + : un des ses tableaux les plus célèbres, Beatrix Beata, toujours avec Elizabeth Siddal, le modèle favori de la Confrérie (Ophelia) que Rossetti épousa (ici, un an après sa mort, nostalgie, douleur du peintre) :


Ford Madox BROWN (Calais, 1821 – Londres, 1893)

Sans avoir jamais été officiellement membre de la Confrérie, Brown a des affinités étroites avec les préraphaélites et partage nombre de leurs idéaux. Né à Calais, où il passe la majeure partie de sa jeunesse , il subit l'influence des Nazaréens. Après son installation à Londres, il commence à peindre des scènes tirées de l'histoire anglaise. Rossetti en sera suffisamment impressionné pour lui demander des leçons et , même si leur association ne dure pas, les deux hommes demaurent bons amis.
Son oeuvre la plus célèbre, Dernier Regard sur l'Angleterre, (1852-1855) traduit l'influence des préraphaélites. La modernité du sujet et la scrupuleuse attention aux détails sont caractéristiques des préoccupations du groupe. Pour rendre le froid glacial de l'atmosphère hivernale, Brown peignit en extérieur jusqu'à en avoir les mains bleues, empruntant pendant des mois le châle le plus chaud de sa femme, qui dut s'en passer !


*Le Travail (1863 – Birmingham Museums and Art Gallery)
Ce tableau ambitieux est un sermon sur la valeur du travail.
> «  De plus près » : Le travail intellectuel. Brown insère ici des portraits du philosphe Thomas Carlyle et du socialiste chrétien F.D. Maurice, des « travailleurs intellectuels ».


*Dernier Regard sur l'Angleterre (1852-55 – Birmingham Museums and Art Gallery)
Cette scène émouvante traite d'un sujet d'actualité, celui de l'émigration d'un jeune couple appauvri, contraint de quitter sa terre natale. Brown est à l'époque « vraiment à court d'argent et un peu fou » et pense lui-même à émigrer.



Le contexte

John Ruskin : Cet écrivain et dessinateur anglais, réformateur social, devint le critique d'art le plus respecté et le plus influent de son époque. Son artiste favori était Turner, mais il s'intéressa aussi aux préraphaélites, qu'il défendit lorsque la presse les tournait en dérision. Comme eux, il était partisan de la sincérité du regard posé sur la nature, ce que confirment ses dessins et ses aquarelles, d'une grande minutie.

Portrait de John Ruskin : par Collingwood (1897). Le tableau date de la fin de la vie de Ruskin. Mentalement déséquilibré, ce dernier vivait alors reclus dans le Lake District.

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Message par cleminou le Ven 27 Mai - 5:17

Cricri RPST !

Merci bien, c'est très intéressant, même si j'ai horreur de leur papier peint !

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Re: Les préraphaélites - tiré de l'Histoire de l'art en images, Andrew Graham-Dixon, p 332-333

Message par Anaïs le Ven 27 Mai - 5:47

Un rien chargé effectivement ^^'

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