L'Education sentimentale, Gustave Flaubert - 1869

Aller en bas

L'Education sentimentale, Gustave Flaubert - 1869

Message par cleminou le Mar 21 Déc - 0:28


Ou comment le plus grand auteur français révolutionna la littérature. Je vais un peu loin mais c'est un peu ça quand même.

1840, monarchie de Juillet. Au départ, Frédéric Moreau, jeune provincial qui vient de finir ses études à Paris. Il rentre chez lui à Nogent s/Seine, par la bâteau. Il y rencontre M. Arnoux, propriétaire de l'Art Industriel ainsi que de sa femme, Marie Arnoux. "Ce fut comme une apparition". Arrivé à Nogent, il va voir son meilleur ami, Charles Deslauriers qui lui annonce qu'il ne peut pas retourner à Paris avec lui car il a trouvé du travail. Il rencontre aussi le Père Roque, qui lui donne une tâche à accomplir : retourner à Paris pour donner un colis aux Dambreuse. Frédéric y voit là un accès possible à la société bourgeoise. A partir de là, la vie de Frédéric va changer. Il va rencontrer des tas de personnages hauts en couleurs : Dussardier, Sénécal, la Maréchale, Hussonet, la Vatnaz, Louise et caetera.
Pour un résumé complet de cette œuvre complexe, je vous conseille wikipedia de l'œuvre.
Pendant sa vie parisienne, Frédéric va être confronté à une société qui se meut à travers les révolutions de 1848, entre autres, mais aussi à une société de la bêtise, ce que Flaubert abhorre. L'Education Sentimentale donne aussi une grande place à l'art, si cher à Flaubert, qui recherche avant tout la beauté du style dans sa littérature. Il sera aussi face à la politique, le pays passant de la Monarchie à la République puis à l'Empire, ce qui permettra à Flaubert de critiquer la vanité de la politique ainsi que sa bêtise en étant très peu accessible au peuple, qui ne sait finalement pas réellement pourquoi il se révolte. Frédéric est aussi place devant des femmes, mais une seule d'entre elles n'est réellement importante : Mme Arnoux, qui représente un amour inaccessible.
La fin, qui change quelque peu du reste de l'œuvre, ressemble à une image idéalisée de l'amitié. Deslauriers et Frédéric reviennent sur leur vie, en se rappelant les meilleurs souvenirs et se disant tout ce qu'ils ont raté.

Il a fallu 5 ans à ce forçat du travail pour écrire la pièce maîtresse de son œuvre. Le résultat y est, c'est indéniable. On parle souvent de roman du vide pour le qualifier. Je veux bien refaire les journées de 48 pour ça. Tout y est : romantisme, réalisme, naturalisme. Le roman penche vers le modernisme (n'y voit-on pas une fragmentation du personnage de Frédéric, la perte du héros qui réussit et un marquage profond d'une société qui mute ?) et est rempli d'objets et de faits. Certes le personnage de Frédéric agace car il ne prend jamais les opportunités qui lui sont données. Personnage passif, Frédéric ne donne au premier abord pas grand intérêt. Pourtant, tout tourne autour de lui. Le lecteur est constamment en train de lui chercher des opportunités et de lui donner des conseils. Au départ comparable avec un certain Eugène de Rastignac (lisons le Père Goriot de Balzac), il s'avère que les deux personnages sont totalement différents en raison de leur caractère : si Balzac voulait que son héros réussît dans la société, Flaubert est bien plus loin de ça, et fait de Frédéric un personnage nouveau dans la littérature française. Le vide ne s'avère que pour la vie de Frédéric qui rate tout, et encore, je la trouve bien remplie. Pour ce qui est des autres personnes, elle est bien loin de la vacuité. Même les descriptions, qui peuvent sembler parfois longues, sont tellement pleines de mots tous plus signifiants les uns que les autres, grâce à son travail.
De plus, Flaubert, à travers un réalisme total, donne une immense fresque de la société française de 3 époques différentes (le roman se déroule de 1840 à 1869, date de publication du roman) qui tire vers le naturalisme en étudiant les mécanismes politiques. Deslauriers représente la bourgeoisie montante, Dambreuse celle d'affaires et Arnoux celle qui a réussi dans l'art. L'humour flaubertien est aussi très marqué à travers l'utilisation de l'ironie, notamment pendant les journées de 1848 où les hommes sont comparés à des singes et beaucoup sont des brutes et des ivrognes qui ne comprennent pas grand chose. Satire de la bêtise humaine, comme d'habitude. Mais aussi du kitsch, bien sûr. Malgré tout, on s'attache à de nombreux personnages, tous touchés d'une manière ou d'une autre par les changements de leur société. Ce qui rend le roman encore plus intéressant.

Roman du vide vous aviez dit ? Pourtant, vu le nombre de grands auteurs qu'il a inspiré avec son œuvre, Flaubert est loin d'être le chef de file de la vacuité. Labor improbus omnia vincit disait Virgile. Flaubert a su utiliser cet adage à la perfection...

_________________
"And this I believe: that the free, exploring mind of the individual human is the most valuable thing in the world."

John Steinbeck, East of Eden
avatar
cleminou

Messages : 939
Date d'inscription : 13/10/2010
Age : 27
Localisation : Auxerre ou Dijon.
Emploi/loisirs : Auxerrois
Humeur : flaubertienne

Voir le profil de l'utilisateur http://lesseriestele.forumdefan.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Education sentimentale, Gustave Flaubert - 1869

Message par Anaïs le Mar 21 Déc - 0:36

Whaaa! J'ai cité Flaubert (sur la page de Duras), au moment où tu as posté ça ^^ Un signe du destin à n'en pas douter!
L'éducation sentimentale, le livre que j'ai préféré l'an dernier, parmi toutes nos lectures imposées (en français i mean).
Rien à ajouter, si ce n'est : IL FAUT LIRE FLAUBERT! Point.
avatar
Anaïs
Admin

Messages : 578
Date d'inscription : 13/10/2010
Age : 27
Localisation : Paris / Chamvres
Emploi/loisirs : Etudiante bibliophile
Humeur : Flegmatique

Voir le profil de l'utilisateur http://www.gruestory.fr

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Education sentimentale, Gustave Flaubert - 1869

Message par cleminou le Mar 21 Déc - 2:28

Je pense que c'est une bonne conclusion.

_________________
"And this I believe: that the free, exploring mind of the individual human is the most valuable thing in the world."

John Steinbeck, East of Eden
avatar
cleminou

Messages : 939
Date d'inscription : 13/10/2010
Age : 27
Localisation : Auxerre ou Dijon.
Emploi/loisirs : Auxerrois
Humeur : flaubertienne

Voir le profil de l'utilisateur http://lesseriestele.forumdefan.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: L'Education sentimentale, Gustave Flaubert - 1869

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum