CM Version 12, William Styron, Lie Down in Darkness (1951)

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CM Version 12, William Styron, Lie Down in Darkness (1951)

Message par Marie le Lun 25 Avr - 23:39




Parti de Richmond et en direction de Port Warwick, le train commence à prendre de la vitesse à la sortie de la ville, en passant devant les usines de tabac enveloppé, enfoui dans leur éternel nuage de poussière acre et sucré, dépassant des maisons en bois toutes de la même couleur marron, qui borde les rues vallonnées sur des kilomètres et dont les toits reflètent tous la pâle lueur de l'aube ; dépassant les routes de banlieue auxquelles la circulation du petit matin donne un air engourdi et endormi, et à présent, il traverse à grande vitesse et à grand fracas le pont qui relie les deux dernières collines ; en bas, dans la vallée passe la James River qui supporte sous sa croute d'écume verdâtre à proximité d'usines chimiques et de nouvelles rangées de maison avant de disparaître dans les bois.
Soudain le train s'enfonce dans une forêt de pins et le contrôleur dont l'aspect mûr et respectable vous rappelle votre oncle préféré, traverse le wagon en titubant pour vérifier les billets. Si vous êtes particulièrement éveillé à cette heure indue vous remarquez sa voix qui est quelque peu gutturale et négroïde (qui vous paraît étrangement prétentieux après les accents de Colombus et de Détroit ou de l'endroit dont vous venez quelqu'il soit) et quand vous lui demandez à quelle distance se trouve Port Warwick "A pou près 180 km" que vous vous trouvez dans les Tidewater. Puis, vous vous valez dans voter siège, le visage poisseux et bouffi à cause de la nuit que vous avez passé assis à dormir par intermittence et les gencives douloureuse à force d'avoir trop fumé et vous essayez de vous assoupir, mais le dossier en feutre bleu vous picote le cou, alors vous vous redressez et croisez les jambes, posant un regard somnolent sur votre voisin, un vendeur itinérant venu d'Allentown en Pennsylvanie, qui vous a parlé hier soir de sa passion pour les trains miniatures et raconté la blague des deux étudiants à l'hôtel Aster, et dont le visage fin, recouvert du duvet gris d'une barbe d'un jour, paraît à présent calme et paisible, figé par le sommeil, ses lèvres entrouvertes laissant échapper de petits soupirs. Ou alors, détournant le regard, vous contemplez la forêt de pins qui défile à 100 km/h avec ces arbres serrés les uns contre les autres verts et somnolents, son sol tapissé d'aiguilles brunes irisées par la lumière du petit matin, jusqu'au moment où les tourbillons d'épaisse fumée blanche que crache la locomotive ne s'abatte sur la vitre de ses volutes comme une écharpe en lambeaux qui obscurcit la vue.
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Marie

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