CM Version 11, David Lodge, Out of the Shelter (1970)

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CM Version 11, David Lodge, Out of the Shelter (1970)

Message par Marie le Lun 25 Avr - 23:37




Le train était déjà bondé et il y avait des passagers debout dans les couloirs.
- Tu as de la chance de trouver une place assise, dit sa mère.
- Je ferais bien d'aller m'asseoir pour qu'on ne me la prenne pas.
Elle l'embrassa pour lui dire au revoir et il gagna sa place. A travers la vitre, il pouvait lire sur les lèvres de sa mère des recommandations et des questions de drnière minute, auxquelles il répondait en faisant oui ou non de la tête. Comme il se lassait de cet absurde exercice de mime il se leva et ouvrit la fenêtre d'aération.
- Je pense que tu devrais y aller maman. Ça ne sert à rien d'attendre.
- Ça non alors, il faut que je te vois partir.
- Est-ce qu'ils ont déjà fermé les portillons ?
Elle regarda vers le bout du quai en plissant les yeux.
- Il me faudrait mes lunettes... il y a un stand (où l'on vend de la nourriture là-bas) veux-tu que je t'achète quelque chose d'autre à manger ?
- Non, ce n'est pas la peine.
- Ils ont des tartelettes aux fruits de chez Lyons. Je les ai vues quand nous sommes passés devant.
Timothy hésita, il avait un petit faible pour les tartelettes aux fruits Lyons.
- D'accord, dit-il et il le regretta aussitôt.
Ce genre de bousculade de dernière minute, qui vous perturbe et ne sert absolument à rien, voilà précisément ce qu'il s'était efforcé d'éviter et qu'il était parvenu à éviter jusqu'à présent.
Il ouvrit la fenêtre au maximum. En se hissant sur la pointe des pieds et en tournant la tête de côté, il parvenait tout juste à voir sa mère se précipiter vers le stand à l'autre bout du quai en direction du stand. Au moment où elle arrivait à sa hauteur et fourrageait dans son sac à main, un coup de sifflet strident retentit et des portières se fermèrent brutalement sur toute la longueur du train. Sa mère quitta le stand d'un pas pressé, puis s'arrêta et revint sur ses pas. Timothy étouffa un soupir d'exaspération : elle avait du oublier sa monnaie. A présent, elle courrait sur le quai, tenant à bout de bras la tartelette dans son emballage en carton, comme le témoin dans une course de relai. Il rentra la tête et passa le bras à la place. Alors qu'elle se trouvait à une dizaine de mètres le train se mit en marche. Pendant quelques secondes, l'écart qui les séparait resta stable, puis il commença à se creuser. Sa mère vacilla, s'immobilisa, le souffle coupé, se tenant le côté de sa main restée libre. Il agita la main et sourit, essayant de lui faire comprendre que ce n'était pas grave. Mais ce fut là la dernière image qu'il eut de sa mère : debout sur le quai, le souffle coupé, la mine déconfite, tenant à la main, comme un cadeau dont on n'aurait pas voulu la tartelette Lyons.




(j'ai utilisé la ponctuation pour les dialogues parce que c'était plus pratique, mais à ne pas reproduire à l'écrit ^^)
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Marie

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