CM Version 10, Preeta Samarasan, Evening in the whole Day (2008)

Aller en bas

CM Version 10, Preeta Samarasan, Evening in the whole Day (2008)

Message par Marie le Lun 25 Avr - 23:16




Un soir, environ une semaine après la mort de Paati, Asha suit Uma : après elle, elle descend l'escalier et se rend jusqu'à la porte de service de la grand emaison, son coeur bat comme un de ces tambours qui rythment les mariages, et des questions essentielles lui déchirent la langue comme des cloques d'huile brûlante : "Qu'est qu'il y a, Uma ? Pourquoi ?" Mais sa bouche ne se résout pas à cracher ces mots et ses jambes refusent de ramener à moins des trois mètres habituels sa distance de filature. Qu'est-ce qu'il y a chez Uma qui lui fait si peur ce soir ? Son pas déterminé, son regard résolu, les bras qu'elle tient crispés sur son ventre. S'agit-il de quelque chose qui dépasse la somme de ces signaux, mais reste innommable. Il ne s'agit certainement pas d'une menace ni d'une suggestion qui émanerait d'Uma elle-même : elle n'avais pas souffler mot, ni fait quoi que ce soit qui sorte de l'ordinaire de toute la journée. Elle est restée enfermée dans sa chambre, elle a ignoré Aasha, tout comme elle ignore depuis si longtemps, que l'on pourrait croire à tord que cette Uma gaciale et silencieuse a effacé le souvenir de l'autre Uma, souriante et taquine qui poussait le vélo de sa petite sœur ; celle-là même qui avait hérité des fossettes de Paati et qui de près sentait bon le savon Pear.
Mais quand Aasha évolue dans la maison à la suite de cette nouvelle Uma, l'ancienne est là, qui les suit à pas feutrés en fredonnant à voix basse. Lorsqu'Aasha pivote brusquement sur la demi-pointe des pieds dans l'espoir de la surprendre, elle disparaît. Que peut faire Aasha à part suivre partout la nouvelle Uma et, dans un grand effort d'espoir et de volonté, essayer de donner des ailes à ses pensées pour leur faire franchir les trois mètres qui séparent les deux sœurs et se poser telles des colombes sur le cœur impénétrable d'Uma. Depuis la porte de service elle regarde Uma qui traverse le jardin à grandes enjambées.
Ce crépuscule pourpre et douloureux qui a finit par donner sa tonalité à l'année toute entière. Au moment même où Uma arrive devant l'abri de jardin les lampadaires s'allument et des nuages de papillons de nuit et de scarabées surgirent de nul part comme s'ils avaient attendu ce moment toute la journée. Ils se répartissent en amas de taille égale, même autour de cet unique lampadaire qui clignote de façon incessante toute la nuit, mais refuse de mourir.
avatar
Marie

Messages : 642
Date d'inscription : 13/10/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum