What Maisie Knew, Henry James - 1897

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What Maisie Knew, Henry James - 1897

Message par cleminou le Dim 30 Jan - 5:46


Maisie Farange est jeune. Son monde l'est beaucoup moins. Ce n'est qu'une enfant lorsqu'Ida et Beale, sa mère et son père, décident de divorcer. Dès lors, elle deviendra un élément primordial dans la haine qu'ils se portent l'un l'autre. Objet de discorde plus que d'amour, comme devraient l'être les enfants, tout nous est raconté à travers les yeux de Maisie, qui passe six mois chez son père puis chez sa mère. Son père se marie avec Mrs Overmore, la gouvernante de la petite lorsque ses parents étaient encore ensemble ; sa mère avec Sir Claude, l'opposé absolu de Mr Farange. Les deux anciens époux se détestent un peu plus, chaque nouvelle personne prenant le parti de l'épousé. Puis tout change à nouveau : les couples se défont pour en former d'autres. Au milieu de toutes ces grandes personnes, restent Maisie et sa gouvernante, Mrs Wix. Chaque couple va devenir les parents de Maisie, jusqu'à son adolescence, période à laquelle elle fera le choix des personnes avec qui elle veut vivre. Mais pour connaître toute l'histoire, il vous faudra la lire.

Loin de moi l'idée d'encenser Proust (à nouveau) pour l'idée majeure du Contre Sainte-Beuve, mais le génie de James réside bel et bien en sa plume et son style. Le récit nous transporte admirablement dans les pensées d'une petite fille d'à peine dix ans, qu'on a presque peine à croire que James est l'auteur d'un tel récit. Les yeux d'enfant à travers lesquels nous voyons les scènes permettent d'observer une satire encore plus virulente de la société anglaise décadente : si Maisie ne se rend pas compte de tout, le lecteur si, grâce à la naïveté infantile du personnage. Le point de vue interne est conservé tout le long du roman afin de conserver cette vision d'enfant de la société qui se meut tout autour d'elle. James tend à montrer que la société anglaise dans laquelle il vit fonctionne de plus en plus mal, notamment en ce qui concerne l'éducation des enfants, depuis leur jeune âge jusqu'à la maturité de la fin d'adolescence.

Aussi l'œuvre s'inscrit-elle dans une perspective didactique. Henry James parvient à énoncer les travers de sa société d'une part, afin de ne pas les répéter, mais, d'autre part, prend un malin plaisir à rendre la vision qu'ont les enfants de leurs parents. Le comportement irresponsable des adultes n'échappe pas à Maisie et James cache des clés dans son roman pour une meilleure éducation. A travers la haine que se portent les parents, il monte l'importance qu'a l'amour d'un parent envers son enfant ; l'absence de responsabilité des adultes prouve que les enfants mûrissent plus vite et, d'une certaine manière, gâche une partie de leur enfance... En somme, l'œuvre raille autant qu'elle dispense des méthodes.

L'immersion dans ses pensées n'est pas non plus sans rappeler le flux de conscience moderniste qui commence à apparaître en Angleterre. Tout le roman en est d'ailleurs teinté. Outre les pensées constantes de Maisie, puisqu'elle est la focalisatrice du roman, sa vie, à l'instar de celle de ces parents, est fragmentée. Les familles et les sociétés sont aussi rompues par les mauvais sentiments des personnages. De plus, le livre mêle un réalisme fort (bel et bien au sens d'un réalisme flaubertien ou balzacien, l'auteur se faisant "historien des mœurs de son temps") et un humour noir qui saura ravir le lecteur, le tout au service de la satire sociale.

Le roman se présente ainsi comme un roman de formation, où le lecteur voit Maisie grandir, plus vite que d'autres enfants, à cause de ses parents. Le personnage acquiert rapidement une certaine maturité et le voyage du retour prouve la rupture avec sa vie passée (cours sur Dusty Answer, quand tu nous tiens). Maisie devient une femme, mais elle a toujours beaucoup à nous apprendre. Après l'avoir suivie pendant toute son enfance, on voudrait presque savoir sa vie une fois qu'elle sera à la place de sa mère, tout en espérant qu'elle est déjà au courant de la vie qu'elle va vivre. En bref, grâce à l'écriture efficace de James, (ou l'excellente traduction de Marguerite Yourcenar) et pour reprendre sa dernière ligne, le lecteur "still ha[s] room for wonder at what Maisie knew."

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Re: What Maisie Knew, Henry James - 1897

Message par Marie le Dim 30 Jan - 6:34

Ahhh Henry James et les premiers souvenirs émouvants de version ^^
En tout cas il a l'air bien. Smile Merci Cleminou !

P.S inutile : j'adore le nom de la première gouvernante "Overmore".
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Re: What Maisie Knew, Henry James - 1897

Message par cleminou le Dim 30 Jan - 6:58

C'est trop génial en fait, c'est un des mes romans préférés ! (Si on ne prend qu'un roman par auteur, il est dans les 10 premiers ^^)

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